Véronique THUILLIER

Les intentions

« Si pour l’instant il a plus été question de structure, de micro-architectures ou de détournement d’objet, la possibilité de m’attaquer au modelage ne peut que nourrir ma pratique et l’emmener vers d’autres horizons. Ce retour à la sculpture nous place littéralement dans la matière du paysage, comme dans la production de nouveaux déplacements par rapport au réel. Le modelage peut à lui seul, condenser un certain nombre de signes.

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« Il s’agit de jouer sur des décalages liés à l’échelle comme à la matérialité. L’argile peut  permettre d’uniformiser des motifs de nature différente voire opposée et ainsi de jouer sur l’ambiguïté des formes produites. Chercher des sortes d’intermédiaires entre la nature et l’urbain, le quotidien et le pittoresque. Travailler l’argile c’est également se donner la possibilité du grand écart entre la mimésis et le prototype, entre la sculpture et le design. C’est dans ce champ que je souhaite travailler. » (…)

« Depuis 2008 je développe un travail en association avec Jean-Marc Demay, voir notre exposition de 2008 au PPCM à Nîmes et notre résidence récente au Living Room à Montpellier.

Les réalisations

« Mon intention était de réaliser 4 sculptures à des échelles différentes faisant directement références à la composition de la famille. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai été baignée dans les contes et le fait d’en lire aujourd’hui chaque soir à mes enfants, je ne peux que m’en imprégner. Ils ressurgissent comme des personnages familiers qui nous parlent tous et font partis à la fois de notre conscience commune et notre univers intime. L’histoire de la famille ours ou de la famille tortue au sein desquelles la hiérarchie des échelles s’impose. » (...)

« L’idée de fable, l’idée de protection, évolution du global au particulier, de l’universel à l’intime, de la standardisation à la personnalisation, de l’anonyme au familial, de l’indifférencié à l’affect et à la tendre protection, du signe-témoin de l’organisation responsable au jeu de société ludique et familial, …

« Un travail sur l’absurde, dans la représentation d’un réel issu d’une chaîne de l’industrie vers un objet fait à la main, redimensionné librement, et « interprété » d’une manière la plus modeste qui soit, sans intention d’expression formelle personnelle. Tendre le plus possible vers l’honnête copie (prise de mesures précises, rigueur de l’observation,…), et de l’objet fait en série faire des pièces uniques, le tout menant mine de rien et de nouveau vers des contraires, du léger au lourd, du matériau souple au matériau rigide, de l’indestructible au fragile qui se brise, etc. » (…)

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A partir d’un casque de chantier, le standard avec oreillettes, modeler en pâte de faïence blanche lisse 4 sculptures en différentes échelles.

Les différents rapports d’échelle sont longuement réfléchis, [dessins permettant de visualiser les diverses dimensions, etc.], en fonction de l’idée qui est celle de la famille dans les différentes tailles de ses membres, tant chez les humains que chez les animaux, dans la réalité ou les fables, et de son rendu visuel. Du plus petit 78 %, et 88 % pour les 2 enfants, puis 100 et 110 % pour les parents.

La technique utilisée est dite « dans la masse » : on fabrique un bloc de terre très compact avant de reporter les mesures et de procéder au « dégrossissage » de ce bloc. Des pistes sont données pour des reports de courbes au couteau, par l’observation des « profils » de l’objet. Il est ensuite procédé à « l’évidage » de la sculpture pour ne garder qu’une épaisseur de terre d’environ 3 cm pour séchage efficace et cuisson à 980 °(…)

Quelques vignettes travail en cours, de la masse de faïence, au dégrossissage et au travail sur la forme.

Les réalisations2

« Il s’agit d’objets de consommation du quotidien dont le manche, la poignée ergonomiques marque la présence de l’humain. Les empreintes des doigts propres à ces accessoires imposent l’usage pour lequel ils sont destinés. Il n’y a pas de doute sur leur utilisation. Mais ces poignées séparées de leurs fonctions perdent leur identité.

« Sans spécialisation, la poignée devient absurde. Ramenée à un simple objet de préhension, elle perd sa fonction mais révèle son sens. La poignée, produit manufacturé, sériel, ergonomique et robuste devient un objet poétique, unique, élégant et fragile.

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« Les contradictions imposent les règles du jeu à ce projet qui se réalise en confrontation à  celui des casques (blancheur des objets, fragilité, travail original et non sériel).

« Chaque élément est constitutif de l’ensemble, tels chaque membre d’une famille est constitutif d’un foyer. Les éléments se veulent uniques, personnifiés, prenant le contre-pied du tout standardisé, du tout conforme.

« Là encore il est question de fable, d’outils improbables, dont la fonction serait à inventer, à adapter, peut être est-il question d’un nouveau rapport au monde et à sa transformation.

Commentaires, par Jean-Marc Demay

« Les ergonomes : Des poignées, des manches, pensés pour être empoignés, pris en main, pour agir sur le réel, le transformer, et tout ça avec le plus grand confort possible. Privés de l’outil ou de l’objet usuel auquel ils étaient destinés, ils ne renvoient plus qu’aux mains qui étaient sensées agir. Elles fossilisent en quelque sorte un champ d’actions possibles. Elles renvoient à la futilité de nos actions sur les choses, ou en proposent d’autres, imaginables. »


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