Selma Lepart

Note d'intention

« … »

est la continuité de travaux menés aux Arts Décoratifs de Strasbourg utilisant grâce au latex et à la porcelaine l’aspect structurel des papilles gustatives.
Pour ce nouveaux projet je souhaite avant tout créer un arc très organique (formes rondes, plis et boursoufflures…) dont la pointe de sa flèche sera composée d’une petite langue (de porc).

Ce projet a comme point de départ un passage de l’Iliade et l’odyssée d’Homère Chant V : « Mégès, fils illustre de Phylée, s’approche de Pédée et le frappe derrière la tête : la lance aiguë, en passant dans la bouche, déchire la langue du héros ; le Troyen tombe dans la poussière et il serre entre ses dents l’airain glacé. »

L’arc sera en permanence bandé au maximum, près à lancer sa flèche assassine dont on peut mettre en doute l’effective dangerosité et la réelle menace.

Dans un second temps j’envisage de me pencher sur la mise en place de cette sculpture dans l’espèce et de la mise en scène autour de celle-ci.

« … » décrit une situation en suspens, complètement arrêtée dans le temps. Mais pour marquer cette impression j’aimerais faire légèrement vibrer la corde grâce a un mini dispositif cacher dans l’arc ou dans l’embout « plumé » de la flèche. Cette phase ne se fera qu’après expérimentation afin de pouvoir ce rendre compte si ce dispositif est utile ou judicieux.

La résidence

(…)

L’arc ici devient la prolongation de cette langue. Une gorge et un tube digestif qui se préparent dans une tension évidente à recracher de manière violente ce que l’on pourrait supposer être un venin, une rancœur ou une conviction, selon que l’on envisage cet arrêt sur image comme une attaque ou un acte de défense.

 Cette flèche prête à être propulsée ne peut pas ici être confondue avec celle de Cupidon qui agit en silence pour délier les langues de l’amour.

L’aspect organique de « … » s’apparente plus à une digestion lente qui se transformera sous peu en l’expulsion d’un amas de bile solide prêt à donner un coup de grâce.

Ici pas de tête, pas de champ visuel. Il n’y a que des parties du corps dans ce qu’il a de plus instinctif. Estomac, tripes, boyaux… Organes qui assument leur travail quotidien sans il y ait besoin d’acte conscient de la part d’un individu.

Une langue complètement dénudée, sans sa caverne, sans sa bouche, sans un son, sans franc parler, sans langue de bois, sans être mauvaise ou pendue, sans être morte ou fourchue, qui ne saurait être apparentée à aucun serpent et qui ne semble pas pouvoir être tenue encore bien longtemps.

Cette langue se prépare à prendre sa liberté dans un ultime assaut.

Selma Lepart, avril 2012

Sortie de résidence

Selma Lepart nous assène un super « tirage de langue » plus menaçant et plus tendu qu’aucune langue ne peut le faire naturellement… malgré l’envie qui nous en prend parfois, pour peu qu’on ait gardé un lien même fluet avec notre enfance et ses premières frustrations face au monde des autres !

Elle construit toute une machinerie organique entièrement consacrée à accomplir la tension nécessaire à cet effet … On peut enfin imaginer qu’on puisse tuer d’un coup de langue –littéralement, cette fois !

Il y a eu autant de choses à faire l’une après l’autre, avec son lot d’obstacles et d’inquiétudes nouvelles, pour la réalisation de cette machine originale initiant un nouvel art de la guerre, une arme mystérieuse destinée à être pendue au plafond, visant vaguement menaçante de la pointe de sa langue l’éventuel regardeur… Lui, faisant face, un peu interloqué, au dispositif étrange qui laissera à son imagination le soin de reconnaître l’art martial en question, et ses règles du jeu….

p/o Artelinea, avril 2012

Documentation : ResidenceSelmaLepart

Exposition "CRU" au Living Room

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